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N° 36 Automne 2026

La solitude des enseignants

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Les solutions

L’hypothèse des femmes

Pour terminer ce dossier, nous avons passé en revue quelques hypothèses de transformation avec Sophie1. Elle a fait ses études de médecine dans les années 1990. Elle est diplômée de plusieurs spécialisations et elle a accédé aux plus hautes fonctions dans plusieurs hôpitaux. Elle est aussi enseignante et l’auteure de nombreuses publications scientifiques. En 30 ans, elle a constaté de grands progrès dans le milieu hospitalier. Lorsqu’elle a commencé, on lui demandait de faire la vaisselle, de mettre des jupes ; les « patrons » étaient tout puissants : « Au bloc opératoire, j’ai vu des femmes obligées de passer à quatre-pattes sous la table parce que ça faisait marrer le chirurgien. Ça ne serait plus pensable aujourd’hui. Il y a encore du sexisme, on entend encore des blagues humiliantes, mais plus à ce point-là. » Dans le rapport aux patients aussi, Sophie* constate que le corps de l’homme est davantage pris en considération, qu’un homme qui souffre est plus vite pris en charge qu’une femme. La presse regorge d’ailleurs d’histoires de patientes éconduites alors qu’elles étaient en danger. La femme porte encore une étiquette de petite chose fragile, inconsistante et sujette à ses humeurs. À l’hôpital comme ailleurs dans la société, la femme n’est pas encore l’égale de l’homme.

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Journaliste
MÉLANIE DE GROOTE
Journaliste
THIERRY FIORILLI
Et si l’hôpital ne tolérait plus l’inacceptable ? Avec le temps, Sophie1 s’est rendu compte que même la femme doit changer, elle doit oser parler, elle doit arrêter d’accepter sinon elle participe à la reproduction des schémas traditionnels. « Les hommes ont leurs responsabilités quand ils acceptent leur place dominante et les privilèges qui vont avec. Mais je ne peux pas agir sur eux, je ne peux agir que sur moi. Quand j’ai refusé de faire la vaisselle de tout le service, plus personne n’a dû faire la vaisselle. » Ça n’a pas été facile de dire « non ». D’une part parce que la société éduque les femmes dans la subordination aux décisions et aux choix des hommes. D’autre part parce que les hommes ne se désavouent pas entre eux. Et comme ils sont majoritaires dans les espaces décisionnels et disciplinaires, ils minimisent, discréditent, isolent et déplacent les victimes présumées, qu’elles soient médecins ou infirmières. Quand les bourreaux restent en place, les victimes trépassent. L’impunité normalise et reproduit un système structurellement asymétrique et injuste pour les femmes. Elles pèsent toujours moins ...

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