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N° 36 Automne 2026

La solitude des enseignants

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#REPORTAGE

Hautes-Fagnes : que reste-t-il après le plus grand feu de végétation de l’histoire de la Belgique ?

Couleurs de l’incendie

Cinq ans après les inondations de Wallonie, où l’eau avait quitté son château de tourbe pour noyer les vallées de la Hoëgne, de l’Ourthe
ou de la Vesdre, c’est le feu qui a réclamé son dû. Laurent Grenier, enseignant et photographe dont les « runnings » ont foulé chaque sentier du plateau, et Caroline Lamarche, romancière nourrie à la « sauvagerie » d’une terre « pauvre mais pure », mettent des mots intimes sur une catastrophe dont on a ignoré tous les signes.
La prose de l’un et le poème de l’autre chantent le blanc de l’hiver qui s’amenuise, le vert des pinèdes et l’orange de la lande avalés comme leurs souvenirs par le noir des fumées. Funeste nuancier d’un brasier qui, vendredi 14 août et des jours durant, a dévoré une part de nous-mêmes.

N° 36 Automne 2026
Photographe
LAURENT GRENIER
Texte par
LAURENT GRENIER
Texte par
CAROLINE LAMARCHE
Par Laurent Grenier J’attendais avec impatience ce vendredi 14 août. Les enfants devaient rentrer de dix jours de vacances avec leur mère, ce serait la fête, il faisait chaud, très chaud, trop chaud sans doute mais peut-être que s’ils n’étaient pas assommés de fatigue par la route, on irait au crépuscule piquer une tête au lac de Butgenbach, de l’autre côté des Hautes-Fagnes. Comme on y était allés fin juin. Tenter d’échapper à une première vague de chaleur et à une fin d’année scolaire chahutée. On n’avait jamais nagé dans une eau aussi tiède à cette altitude mais ça nous avait mis en joie plutôt qu’en garde. On avait ri. On s’était éclaboussés. Le soleil s’était couché derrière nos six épaules rafraîchies et, à ce moment-là, ce tout petit moment qui ne dure jamais assez — l’eau libre, douce, les dernières lueurs, l’enfance encore là — peu...

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