En 1899, dans une Belgique conservatrice mais généralement moins emmerdeuse que ses voisines, le cinquième roman de l’auteur belge Georges Eekhoud, fait scandale. Son titre : « Escal-Vigor », hommage déguisé à Oscar Wilde, le dandy anglais condamné pour « immoralité ». L’objet du délit : traiter de l’amour entre hommes. Au point qu’un procès pour outrage aux bonnes mœurs est intenté à l’écrivain, accusé de faire « l’apologie de Sodome ». Frissons et péroraisons dans le huis clos des assises de Bruges.
Nonante-neuf, année homoérotique. Fin de siècle. Fin du xixe. L’été est chaud et sec. Les sorties littéraires se calquent sur les températures caniculaires, chaleur et sexe se donnent rendez-vous au creux des pages pénétrées d’encre noire. Dans la moiteur, quatre romans, nouveau-nés à peine effleurés par leurs acheteurs, sont saisis par la police judiciaire de Bruges dans une librairie de Heist-sur-Mer, station balnéaire de la commune de Knokke : Le jardin des supplices, d’Octave Mirbeau, Pour dire entre hommes, d’Octave Pradels, L’homme en amour, de Camille Lemonnier et Escal-Vigor, de Georges Eekhoud. Leur péché commun ? L’apologie du va-et-vient en prose et