Il y avait du rouge partout. Sur la commode, sur la nappe, sur les draps de lit. Jusque dans la ruelle bruxelloise où elle gisait corset ouvert, cheveux en nœuds. Marqué par les insurrections ouvrières réprimées dans le sang, le printemps 1886 poursuivait son funeste labeur.
La femme au sol s’appelait Alice Renaud. Elle était soprano à la Monnaie, ancienne maitresse du peintre Félicien Rops, ex-femme de ce diable de Gustave Vandermissen qu’elle côtoyait encore. « Le député Vandermissen s’accroche à sa catin ! » raillait la presse à scandale.
Est-ce pour cette raison que la nuit du 9 au 10 avril, dans les appartements du 117 rue Verte, le jeune homme vida son barillet sur la cantatrice ?
C’en est trop ! je frémis de colère et de rage, C’est à moi d’immoler l’ennemi qui m’outrage C’est son sang qu’il me faut, en ma juste fureur, Pour punir son affront et venger mon honneur. Les Huguenots, acte II, scène 8, Giacomo Meyerbeer (1836) 10 avril 1886 Ça chuchote, ça ragote, ça commente et ça papote. Ce matin-là, Bruxelles est cancan, commérage et racontar. La sinistre rumeur papillonne des pavés gris lustrés par l’ondée aux fenêtres encore embuées de sommeil, s’agrippe aux rideaux plissés telles de lourdes paupières et réveille la cité en répandant sa nouvelle dans les pavillons des