Forza Flandria , le fantôme aux 100 visages

N°22 / Printemps 2023
Journaliste François Brabant

2004 : Un cartel pour le confédéralisme

L’avocat anversois Fons Borginon devient en janvier 2001 le président de la Volksunie. Son grand-père Hendrik Borginon, mobilisé sur le front de l’Yser en 1914-1918, faisait circuler des feuillets clandestins parmi les soldats flamands ; il signa en 1936, au nom du VNV, l’un des signataires de l’accord de coopération avec les catholiques du KVV. Fons prolonge la lignée. Et d’une certaine manière, il l’achève. En septembre 2001, la Volksunie épuisée par les querelles intestines s’autodissout. Fons Borginon éteint l’interrupteur, puis s’en va rejoindre le VLD, où il retrouve certains de ses anciens camarades nationalistes (Gabriëls, Somers, Coveliers…). Le reste de la Volksunie essaime aux quatre vents, ses élus trouvant asile qui au SP.A, qui au CD&V, qui chez Groen.

Une minorité de membres, les plus intransigeants, se regroupe au sein de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA). Article 1 des statuts : l’indépendance de la Flandre. Premier test électoral en 2003, échec cuisant : Geert Bourgeois est l’unique député élu. Réalistes, les dirigeants de la N-VA négocient un adosse-ment au CD&V, nouveau sigle du CVP, avec un V qui ne signifie plus volks (populaire) mais Vlaams (flamand), tout un programme. Ce que Vaast Leysen n’avait pu réaliser trois décennies plus tôt se matérialise : voilà les chrétiens-démocrates et les nationalistes réunis au sein du Vlaams cartel, le cartel flamand. Objectif déclaré, assumé : faire basculer la Belgique dans le conservatisme.

Notes de bas de page

1. À la suite de sa défaite électorale en 1936, l’Union catholique belge se scinde en deux sections, qui fonctionnent chacune comme un parti indépendant : le KVV en Flandre et le Parti catholique social en Wallonie. Après 1945, ces partis laisseront place à une organisation de nouveau unitaire, le Christelijke Volkspartij-Parti social-chrétien (CVP-PSC).

2. Frans Van Cauwelaert : bourgmestre d’Anvers de 1921 à 1932. Au sein du CVP, il incarne une aile flamingante mais opposée à tout rapprochement avec l’extrême droite. Il est le grand-oncle de Rik Van Cauwelaert.

3. Cet épisode sera relaté en détail en 2019 par un article de Knack, qui a eu accès à la correspondance et aux archives personnelles de Paul Belien, exhumées par Carl Devos, professeur de sciences politiques à l’université de Gand, dans le cadre de ses recherches.

4. Volksaard : l’identité, le caractère du peuple.

5. Guy Spitaels : président du Parti socialiste de 1981 à 1992, ministre-président wallon de 1992 à 1994.

 

Wilfried N°22 - Antwerpen Parano


Éditions précédentes
N°27
Au cœur du nationalisme
N°26
La fièvre
N°25
Israël-Palestine, aux sources d'une particularité belge
Newsletter

Le magazine qui raconte la Belgique par emails