Forza Flandria , le fantôme aux 100 visages

N°22 / Printemps 2023
Journaliste François Brabant

1999 : Front élargi autour de cinq résolutions

Moment décisif. Le 3 mars 1999, le parlement flamand vote cinq résolutions qui sont autant d’exigences en vue d’une réforme de l’État maximaliste. Avec le recul, deux éléments frappent. Primo : la radicalité du cahier revendicatif, qui inclut l’autonomie fiscale pour la Flandre, la scission des soins de santé, une kyrielle de transferts de compétences… Secundo : la très large majorité avec laquelle les cinq résolutions sont approuvées. La Volksunie, mais aussi le CVP et le VLD, votent comme un seul homme l’intégralité du menu. Les députés du SP.A en votent quatre sur cinq, s’abstenant seulement sur la scission des soins de santé. Cette dernière résolution (intitulée « des blocs de compétences homogènes ») reçoit 70 voix sur 106. Les quatre autres sont soutenues par 92 à 98 voix. Les écologistes d’Agalev s’abstiennent mais ne votent pas contre. Et le Vlaams Blok ? Après avoir annoncé dans un premier temps qu’il soutiendrait les résolutions, il quitte l’hémicycle au moment du vote : manière de dire qu’il faut en finir avec la Belgique, et non l’aménager. Ce faisant, comme le note le journaliste Mark Deweerdt dans De Tijd, les élus d’extrême droite rendent un grand service à leurs collègues : « Pas de parfum xénophobe sur ce large consensus. Les Wallons ne pourront pas pousser les autres partis flamands dans le maudit petit coin séparatiste du Blok. » Frappant aussi : le Premier ministre Jean-Luc Dehaene (CVP) a fait savoir qu’il désapprouvait le principe de ces résolutions, ce qui n’a pas suffi à calmer les ardeurs du parlement flamand.

Quelques jours à peine avant le vote, pourtant, l’incertitude demeurait totale. Le degré d’as-sentiment aux cinq résolutions faisait l’objet de toutes les conjonctures. Le ministre-président Luc Van den Brande (CVP) et le président du parlement Johan Sauwens (Volksunie) ont célé-bré l’issue des débats comme une apothéose.
Côté francophone, mais aussi parmi les élus flamands qui siègent au niveau fédéral, ce vote est vécu comme une déflagration. Si les réformes de l’État de 2001 et 2011 concrétiseront par la suite une partie des cinq résolutions, de nombreux points n’ont jamais été mis en œuvre. Ce qui montre combien était dense la liste des doléances votée en 1999. Et à quel point la demande flamande d’autonomie reste, pour une bonne part, inassouvie.

Notes de bas de page

1. À la suite de sa défaite électorale en 1936, l’Union catholique belge se scinde en deux sections, qui fonctionnent chacune comme un parti indépendant : le KVV en Flandre et le Parti catholique social en Wallonie. Après 1945, ces partis laisseront place à une organisation de nouveau unitaire, le Christelijke Volkspartij-Parti social-chrétien (CVP-PSC).

2. Frans Van Cauwelaert : bourgmestre d’Anvers de 1921 à 1932. Au sein du CVP, il incarne une aile flamingante mais opposée à tout rapprochement avec l’extrême droite. Il est le grand-oncle de Rik Van Cauwelaert.

3. Cet épisode sera relaté en détail en 2019 par un article de Knack, qui a eu accès à la correspondance et aux archives personnelles de Paul Belien, exhumées par Carl Devos, professeur de sciences politiques à l’université de Gand, dans le cadre de ses recherches.

4. Volksaard : l’identité, le caractère du peuple.

5. Guy Spitaels : président du Parti socialiste de 1981 à 1992, ministre-président wallon de 1992 à 1994.

 

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