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35 Été 2026

L'été meurtrier

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#RÉCIT

Sainte-Adresse, havre de guerre

Le roman national l’avait évacué, voilà que l’épisode surgit enfin du néant collectif. Entre 1914 et 1918, alors que la population belge subit les supplices de la guerre, le gouvernement de Charles de Broqueville trouve exil dans un palace de quarante-deux chambres avec vue sur mer à Sainte- Adresse, près du Havre. On boit du Château Laroze 1900, on mange des filets de sole, on joue au tennis et, de temps en temps, pour tromper l’ennui, on parle politique. Durant quatre ans, la station balnéaire normande devient belge, jusqu’à ce que le « manoir du Cluedo » déplore ses petits meurtres.

21 Hiver 2023
Journaliste
PIERRE CARREY
Pour l’élite de la nation, la Première Guerre mondiale a le goût d’un palace. Vue sur la mer, électricité à tous les étages et baignoires moussantes. Pour la grande majorité de la population belge, la période se déroule tout autrement, dans des logis pauvres en eau et en chauffage, dans des maisons parfois le ventre à l’air, trouées par la mitraille… Ce pan d’histoire est décadent. Les années d’exil du gouvernement de Charles de Broqueville, en Normandie, dans la commune de Sainte-Adresse, forment une parenthèse dorée et une tache gênante. Au point que les livres d’histoire préfèrent se concentrer sur les deux parties du royaume éclaté : d’une part, la majeure partie du territoire envahie et occupée par les Allemands ; d’autre part, le réduit de La Panne, où le roi Albert s’était retranché parmi ses soldats. Mieux vaut raconter un monarque combattant avec son épée que des ministres s’amusant avec une raquette de tennis. Aujourd’hui, à Sainte-Adresse, la vue sur la promenade a bien changé depuis le séjour somptueux des hautes sphères belges. Sur la gauche, le visiteur n’admire plus le vieux port colonial du Havre mais une métropole carénée de béton, où le cloche...

Hiver 2023 N° 21

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