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35 Été 2026

L'été meurtrier

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#REPORTAGE

LUCILLE ET LES SARDINES DE LA SEMOIS

Elle n’a aucun site web, sa page Facebook n’affiche rien qu’un nom et la sonnerie de son téléphone fixe meurt le plus souvent sans réponse. Pour rencontrer Lucille, mieux vaut viser directement Herbeumont, vallée de la Semois. À 80 ans, ancrée sur son morceau de rive droite, l’Ardennaise y perpétue un accueil rustique de campeurs et d’amateurs d’Orval, à rebours des accents luxueux des « écolodges », « hébergements insolites » et autres « expériences glamping » qu’elle voit pulluler autour d’elle.

28 Automne 2024
Journaliste
GAËTAN SPINHAYER
Une main prend appui sur la patine du bar, bras tendu. L’autre décrit des cercles aériens avec le goulot, délivre lentement le vieil Orval dans un tourbillon brillant. Les verres ont été comptés, extraits de la vieille étagère, rangés sur le plateau métallique. Lucille ne les incline pas, elle les alterne au rythme des poussées de mousse, jusqu’à obtenir une écume qui domine le bord. Ça sent la levure et les vieilles boiseries. Blottie entre le château médiéval d’Herbeumont et le Tombeau du Chevalier, Lucille Willaime vit dans son moulin et son extension en pierre qui abrite le café, avec vue sur Semois. Isolé du village et des axes routiers, le moulin Willaime se gagne à condition de le faire exprès. En arrivant sur la petite terrasse en fleurs, on craint de casser la porte tant le simple vitrage claque quand on s’annonce. Dans l’espace sonore, il n’y en a que pour le grondement de la Semois, copieusement nourrie, et pour les fréquences stridentes des hirondelles en ébullition sous la toiture. Lucille rapplique en sabots et habits de travail, pantalon reprisé, blouse noire chargée de poussières et de poils de chat, vieux foulard accroché au cou. « J’avais de qu...

Automne 2024 N° 28

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