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35 Été 2026

L'été meurtrier

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Les éditions de l’avenir sous Nethys (épisode I)

Le 23 octobre 2018, l’actionnaire Nethys annonce un copieux dégraissage dans les effectifs des Éditions de l’Avenir. La déflagration prend peu à peu la forme d’un combat sans merci qui mouillera la société à tous les étages, des patrons aux employés, des lecteurs aux ministres régionaux. Beaucoup sont sortis en lambeaux de ce conflit hors norme. Plus de cinq ans après, et avant que l’oubli n’efface tout, ils racontent pour « Wilfried » les dessous d’une saga politico-médiatique d’une énorme complexité.

26 Printemps 2024
Journaliste
MÉLANIE DE GROOTE
Journaliste
VINCENT DE LANNOY

Ce récit est né par hasard dans une brasserie namuroise. Une journaliste de Wilfried vide une bière et, réflexe, laisse traîner l’oreille dans une conversation voisine. À la première écoute, ce sont des potes qui s’échangent des potins. À la seconde, il est évident qu’ils sont liés de près ou de loin aux Éditions de l’Avenir (EdA). Tels d’anciens combattants, ils rembobinent le fil de la résistance menée par les travailleurs de l’entreprise contre l’ancien actionnaire, Nethys. D’une pirouette habile, Wilfried s’invite dans la conversation. Liberté de ton, liberté de boire, les confrères livrent d’une manière inédite les coulisses du conflit social qui a secoué le journal au tournant de l’année 2019.
Quand Wilfried s’éclipse, ça tambourine. Cinq années se sont écoulées depuis ce plan de restructuration ultramédiatisé. Mais qui connaît les histoires entendues ce soir-là ? Qui sait à quel point la méfiance envers l’actionnaire a torpillé la vie interne de l’entreprise ? Qui sait ce que sont devenus les différents protagonistes, les recalés et les recasés ? Grâce aux témoignages d’une trentaine de travailleurs, représentants syndicaux, patrons et mandataires politiques, Wilfried a tenté de répondre à ces questions dans un récit en deux volets. Mis bout à bout, les souvenirs mettent en évidence les enjeux économiques, démocratiques, sociaux et humains que recouvre la saga. « Quand un conflit social se déroule dans une entreprise de presse, une prudence supplémentaire est de mise, anticipe le député wallon écologiste Stéphane Hazée, qui a suivi de près le dossier. La démocratie a besoin que les journalistes fassent leur métier sans que la censure ou l’autocensure s’installe. À aucun moment. » Un autre député, le libéral Olivier Maroy, ancien journaliste à la RTBF, se souvient : « La liberté de la presse a été foutrement piétinée dans cette affaire. Risquer de perdre son emploi, c’est à chaque fois violent. Mais aux Éditions de l’Avenir, les méthodes utilisées par les dirigeants ont été extrêmement dures. »
Parfois, le temps a embrumé les mémoires. Parfois, il a permis de tourner la page. Certains ont donc poliment décliné la sollicitation de Wilfried. Avant de raccrocher, un membre de la direction des Éditions de l’Avenir décide tout de même de glisser : « C’est bien plus qu’un conflit social qui s’est joué dans cette entreprise, c’est un combat de valeurs. »

I. Aux abonnés absents

Le mercredi 9 août 2017, Thierry Dupièreux s’extirpe discrètement de l’église Saint-Symphorien de Jambes, sans avoir eu le temps d’adresser un dernier au revoir à son collègue Cédric Flament, décédé à l’âge de 45 ans. Le rédacteur en chef des Éditions de l’Avenir est convoqué rue Louvrex, à Liège. « Louvrex », c’est le siège central de Nethys, l’actionnaire du journal. Dix étages de vitres et de béton qui tombent en ruine, pile en face du Jardin botanique. Quand il traverse le parking, il a déjà gobé une dose préventive de Gaviscon. Comme toujours à Louvrex, il sait qu’il va poireau-ter plusieurs heures, mais il ne se sait pas qui sera de la fête.
Thierry Dupièreux est à ce poste depuis 2009. C’est un homme discret et accessible. Il est dévoué à ses missions et à son équipe. Un gars pas très grand mais solide. Jeans, pull, écharpe et godasses en cuir brun : pratique et sans chichi. Musicien à ses heures.
En attendant, à Louvrex, il remonte le courant. Le navire a commencé à chavirer en 2013, lorsque l’intercommunale Tecteo rachète EdA pour près de 26 millions d’euros. « Les Éditions de l’Avenir sont une société saine et rentable. Nous sommes convaincus que leur capital multimédia d’information de grande proximité — mis en œuvre par une équipe qui a prouvé toute sa compétence — sera un beau complément à notre portefeuille de services », déclarait alors Stéphane Moreau, patron de Tecteo, bourgmestre d’Ans et businessman ambitieux. Voilà donc l’idée : offrir du contenu local aux abonnés de Voo, l’opérateur télécom du groupe. Est-ce bien le rôle d’une intercommunale de racheter un journal ? Le prix aussi étonne, mais la soudaineté de la nouvelle laisse peu de place aux atermoiements. Et en fin de compte, pourquoi pas ? L’actionnaire est wallon, il a des moyens financiers et Voo pourrait aider à la diffusion numérique. Voyons voir.
En juin 2014, Tecteo devient Publifin, déclinée en Finanpart (direction financière) et Nethys (direction opérationnelle). Le big boss reste Stéphane Moreau. Son bras droit, Pol Heyse, membre du comité de direction de Nethys, devient le nouveau président du conseil d’administration des Éditions de l’Avenir. Quentin Gemoets assure l’interface entre les travailleurs et l’actionnaire. Administrateur délégué depuis 2009, il incarne la stabilité et le cap aux yeux du personnel.
Durant les premières années qui suivent la noce, certains parlent de paix royale, d’autres d’inertie fatale. Il y a bien quelques projets imaginés par les nouveaux actionnaires et leurs consultants mais « totalement déconnectés », selon Thierry Dupièreux. « Ils nous prennent pour des imbéciles et se comportent en seuls détenteurs de la connaissance. » Avec Quentin Gemoets, ils courent après les administrateurs des Éditions de l’Avenir qui doivent se positionner sur des questions cruciales : renouvellement du contrat d’imprimerie, émiette-ment des abonnements, vieillissement du lectorat, érosion des recettes publicitaires et possibles synergies avec Voo pour développer le numérique. Interrogé par Wilfried, Pol Heyse réagit vigoureusement : « Certains dans la rédaction ont protégé leur petit business. C’était impossible d’avoir une réflexion de groupe. »
Aux désaccords de fond, s’ajoute un choc des cultures entre les travailleurs de la firme namuroise et Stéphane Moreau, qui a grandi dans une cité ouvrière avant de s’imposer comme le Mazarin du PS liégeois, mi-politique, mi-businessman. Le malentendu enfle d’autant plus que Moreau reste insaisissable. « La seule fois où on l’a vu, c’était à une fête du personnel. Il a débarqué devant le casino de Dinant tel un prince, dans une Mercedes classe S blanche. Il y avait même de petites lumières mauves à l’intérieur », décrit le journaliste François-Xavier Giot. Son confrère Dominique Vellande se souvient de l’avoir accosté. « Il regardait tout le monde d’un air goguenard mais j’ai été au contact parce que ça faisait des mois que j’essayais de le voir. Il m’a répondu, avec son accent liégeois, qu’il n’avait pas l’habitude de commenter des décisions qu’il n’avait pas encore prises. C’est tout. » Le rédacteur en chef des Éditions de l’Avenir, Thierry Dupièreux, tient à préciser : « Je n’ai jamais eu de pression directe de la part de Moreau. Ce n’est pas lui qui m’interpelle vigoureusement quand on relaie l’affaire Ethias1 dans le journal. Tu ne sais jamais si les messages viennent vraiment de lui, ou si c’est une déformation de ses propos, ou si c’est la personne face à toi qui parle à sa place. » Des blocages apparaissent également dans les synergies avec Voo. Les ambitions sont en réalité à sens unique : il faut mettre en avant les services de l’opérateur et annoncer les nouveautés. Mais « Nethys s’aperçoit vite que la rédaction est indépendante et que L’Avenir ne sera pas un toutes-boîtes pour Voo », commente Dupièreux.

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En mai 2016, Nethys exfiltre Quentin Gemoets chez Resa, principal gestionnaire du réseau d’énergie liégeois. Reconnaissance éternelle pour les sept derniers bilans positifs. Éric Schonbrodt, recruté chez le concurrent Rossel, prend sa place comme administrateur délégué. Sans Quentin Gemoets, le personnel est dans le brouillard, il a l’impression de perdre le cap. À la fin de l’année, les finances passent au rouge, comme on s’y attendait ; le scandale Publifin éclate, on s’y attendait moins. Dans un climat de méfiance à l’égard de l’actionnaire, la rédaction s’empare de l’affaire comme n’importe quel média. Tant pis si elle manque parfois de recul, il faut montrer aux abonnés et aux autres médias qu’elle n’est pas à la botte des « bandits » de Nethys, une expression qui revient en boucle chez les témoins.
Le scandale enf le, au point de devenir ces semaines-là le principal sujet qui rythme le débat politique. Le parlement wallon n’a d’autre choix, en février 2017, que d’instaurer une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Publifin. Ce qui accroît encore la pression sur Stéphane Moreau et son entourage. Parallèlement, Éric Schonbrodt tambourine en vain à la porte du conseil d’administration. Pol Heyse restitue le contexte d’alors : « Les administrateurs de Publifin sont terrifiés par la commission d’enquête qui questionne la gouvernance de l’intercommunale. On a pour instruction de ne plus toucher à rien à EdA. » Dans l’impasse, Schonbrodt prépare un plan de restructuration. Un plan qui sera jugé « peu pérenne et socialement inacceptable » par Nethys. « Au niveau des chiffres, ça ne tenait pas la route, explique Pol Heyse. Le plan a été rejeté en bloc par les administrateurs. Il fallait réorienter du personnel vers le digital et déforcer le papier, mais ce message ne passait pas. » Tout le monde s’accorde sur la nécessité d’un changement radical, mais rien ne vient. « Alors ça stagne, ça pourrit. Et toi, de l’intérieur, tu pourris aussi. Tout ça en secret parce que tu ne peux pas en parler », soupire Thierry Dupièreux.
Peu convaincu par les expertises internes, Pol Heyse sort de son attaché-case un « appel externe à projet éditorial ». Une démarche perçue en interne comme une motion de méfiance à l’égard du rédacteur en chef. En off, un ancien patron confirme à Wilfried que l’objectif était de « se débarrasser de Dupièreux parce qu’il ne tenait pas sa rédaction ». Un successeur potentiel a d’ailleurs déjà été approché.
En dernier recours, Éric Schonbrodt adresse une lettre ouverte aux administrateurs de Nethys et des Éditions de l’Avenir. Comme une bouteille à la mer. « Les possibilités de synergies naturelles entre différentes entités du groupe se sont révélées pauvres […] Nous attendons depuis l’été un feu vert concernant un plan social devenu malheureusement inévitable », écrit-il sur un ton clinique. Dans le même courrier, il dénonce « un manque de connaissance du monde des médias » chez les dirigeants liégeois de Nethys. Il observe aussi que le personnel a le sentiment d’un « manque de respect de l’actionnaire par rapport aux équipes ». Schonbrodt conclut : « Les quatre années de vie commune avec Nethys ressemblent, à plusieurs égards, à celles qui, généralement, précèdent un divorce. »
Cet ultime appel reste lettre morte. Jusqu’à une réunion au sommet organisée à Louvrex en janvier 2018. Laquelle ne se passe pas bien du tout. Le 26 février, avec un certain soulagement, Éric Schonbrodt fait ses cartons.
Quant au rédac-chef Thierry Dupièreux, après quatre années d’extrême tension sous l’ère Nethys, il se crashe. « Un soir, je me retrouve en train de pleurer devant la porte de mon bureau. Là, je me dis, c’est plus possible. J’allais chez ma kiné un peu plus tard et elle constate que mon corps ne répond quasi plus. Elle me convainc d’arrêter. En juin, je prends conscience que je n’aurai jamais la force de revenir. »

II. Les grands remèdes

Jos Donvil, administrateur délégué, et Yves Berlize, directeur général, sont les nouveaux patrons des Éditions de l’Avenir. Deux épaisses cartes de visite. Donvil est un ancien dirigeant de l’opérateur mobile Base, patron de Voo et responsable du pôle télécom de Nethys. Il lui est demandé de concréti-ser les convergences annoncées de longue date entre Voo et les contenus de L’Avenir. Berlize arrive tout droit de Sanoma, groupe de presse finlandais spécialisé dans la presse dite « féminine », où il vient de boucler un important plan de restructuration. Un matin d’automne, le 23 octobre 2018, ils prennent part à un conseil d’entreprise extraordinaire au siège de L’Avenir, à Bouge, sur les hauteurs de Namur. La rumeur qui court depuis des mois se confirme : des têtes vont tomber, reste à savoir combien.
L’après-midi entamée, une centaine de mines soucieuses rallie le quatrième étage où se prépare une assemblée générale du personnel. Il y a des quinquas bien incapables d’imaginer une réorientation après des décennies de service sous le même fanion. Des couples qui craignent le doublé. Des délégués syndicaux préoccupés, mais préparés à plonger les mains dans la gadoue sociale. Et quelques travailleurs plus chevronnés, moins inquiets pour leur carrière presque achevée que pour l’avenir de la gazette et de leurs jeunes collègues. « Bonjour à toutes et à tous. » Plus personne ne moufte.

La direction prévoit de se séparer de 60 équivalents temps plein (70 personnes) sur 249. Le début d’une procédure Renault2 a été annoncé aux représentants du personnel et, du même coup, un changement de format du journal, une nouvelle imprimerie, une réorganisation des services et une numérisation accélérée. « On est plein de questions et super inquiets à ce moment-là. Réduire de 25 % le personnel d’une boîte, c’est énorme », s’émeut Martial Dumont, ancien journaliste de L’Avenir. L’administrateur délégué Jos Donvil dit avoir conscience du calvaire humain déclenché ce jour-là, mais explique que ce « plan de redéploiement » était inévitable pour enrayer le recul du chiffre d’affaires du groupe. Devant le conseil d’entreprise, il a précisé que trois facteurs impor-tants affectent la rentabilité : la baisse des ventes du quotidien, la baisse des recettes publicitaires et la concurrence des opérateurs du web. « Je comprends l’émotion des travailleurs. Ils étaient les meilleurs, il y avait une super ambiance, la confiance était là. Mais les chiffres montraient qu’il fallait réagir rapidement. On s’amusait, on roulait vite, mais on allait droit dans le mur, illustre le patron. La même décision aurait été prise sous n’importe quel autre actionnaire. Sans ce plan, ils auraient pleuré d’autant plus fort un peu plus tard. » Sur le moment, les travailleurs bouillonnent surtout, entre colère et frustration. Quand bien même les arguments économiques seraient recevables, ce plan ne leur paraît pas juste. Est-ce à eux de payer la léthargie du conseil d’administration ? Cette restructuration est-elle bien l’unique solution ? Certains osent même l’hypothèse : serait-ce un cynique coup de pied de Stéphane Moreau3 pour mettre la rédaction de son journal au pas, après sa couverture assidue de l’affaire Publifin ?
La nuit arrivera bien assez tôt pour remuer ces interrogations. Les travailleurs rangent leur trouille dans un coin de leur bide et discutent de la riposte adéquate. Une grève immédiate, des palettes et des banderoles ? Pas la culture de la maison. Pas question surtout de pénaliser les abonnés de L’Avenir, parmi les plus fidèles de la presse francophone. Sur une idée du journaliste sportif Jean Derycke, qui décédera inopinément deux mois plus tard, il est décidé d’amputer les trois éditions à venir d’un quart de leur contenu. Des aplats blancs symboliseront le personnel menacé. Une première action qui fera du journal un objet de résistance. Tout en continuant d’informer, en donnant donc la parole aux dirigeants des Éditions de l’Avenir, la rédaction publie des comptes-rendus des négociations, des courriers de soutien des lecteurs ou encore des caricatures commandées aux dessinateurs de presse solidaires. Des affiches célèbres détour-nées s’infiltrent également dans les pages et sur les murs des bureaux namurois. Quand le service de nettoyage est contraint de retirer celle des Beatles sans McCartney, d’autres employés s’empressent de placarder un trèfle à trois feuilles, les trois mousquetaires sans d’Artagnan ou la célèbre main jaune « Touche pas à mon journal ! »

Entre les conseils d’entreprise extraordinaires, ce sont ces assemblées générales qui donnent le tempo. « Ces jours-là, les assemblées ne prenaient jamais vraiment fin. On ne parlait plus que de la restructuration », se souvient Sylvie Colin, alors responsable marketing produit. Du propre aveu des journalistes, ils y ont parfois pris beaucoup de place, surtout lorsqu’ils estimaient que l’identité éditoriale du journal était menacée par les déci-sions de l’actionnaire Nethys. « Généralement, on était assez raccord avec ceux qui s’exprimaient et si on ne l’était pas, on pouvait le dire », nuance Sylvie Colin. À L’Avenir, comme dans d’autres entre-prises de presse, la rédaction ne vit pas au même rythme que les services non éditoriaux (compta-bilité, abonnements, marketing…). Il est parfois compliqué d’établir de véritables liens avec des journalistes aux horaires imprévisibles, qui vont et viennent au rythme de l’information. Mais selon Sylvie Colin, cette fois, tous les services sont restés soudés : « La disposition des bureaux mettait inévitablement une distance. On sentait qu’il y avait une autre dynamique à la rédac. Si j’avais pu taper mon bureau à côté de celui d’un journaliste, j’aurais été contente. » Dans l’adversité pointe une complicité. « Un dimanche soir, une collègue m’a envoyé un SMS pour me passer le mot d’ordre qui circulait. Le lundi, on était tous en noir pour faire une haie d’honneur à la direction qui débarquait pour un conseil d’entreprise. »
La colère de ces réunions va se focaliser sur Philippe Lawson, le nouveau directeur des rédac-tions. Choisi pour pallier l’absence de rédacteur en chef, cet ancien journaliste de La Libre et de L’Écho — toujours chiquement sapé, toujours rigolard — ne convainc guère depuis son arrivée en juillet 2018. Surtout, originaire de Liège, il est soupçonné par les travailleurs d’être un proche des administrateurs de Nethys, ceux-là mêmes qu’ils accusent d’avoir sabordé l’entreprise.

III. À la recherche du temps perdu

Autoroute E411, direction Namur/Luxembourg. Sortie Bouge. Clignotant à droite, ralentir, se garer. Recadrage des lunettes. Main rapide dans les cheveux. Ajustement de la voix, tonalité grave. Respirer un grand coup. C’est parti pour une nouvelle journée de bras de fer aux côtés des travailleurs de L’Avenir. « Je les aime bien. Je les trouve courageux, intelligents. Les gens se respectent ici, ils se disent bonjour. Il y a une chaleur humaine qu’on ne retrouve pas dans les autres rédactions ». Martine Simonis, secrétaire générale de l’Association des journalistes professionnels (AJP) depuis 1998, entre d’un pas décidé aux Éditions de l’Avenir.
Martine n’est pas bien grande mais elle regarde tout le monde bien droit dans les yeux, sans ciller. Juriste, spécialisée en droit social, elle sait que ça ne va pas se passer les doigts dans le nez. Outre le traumatisme et les tensions inhérentes à toute restructuration, les négociations devront tenir compte de la diversité des délégations professionnelles et des enjeux propres à un journal. Et le temps est compté. À partir du 1er janvier 2019, l’âge d’accessibilité au régime de chômage avec complément d’entreprise (RCC) passe de 56 à 59 ans. Le RCC permet aux travailleurs licenciés de bénéficier d’allocations de chômage et d’un complément à charge de l’employeur jusqu’à l’âge de la pension. Autant dire que c’est un argument de poids pour stimuler les départs volontaires. Top chrono pour une procédure Renault accélérée : 69 jours et autant de nuits pour informer et consulter (phase 1) ; négocier et accoucher d’un accord (phase 2).
D’un côté, les patrons ; de l’autre, les travailleurs et leurs représentants. Classique. Ce qui l’est moins, c’est qu’en plus d’une représentation syndicale, les journalistes bénéficient d’une double, voire d’une triple protection avec la société des rédacteurs (la SDR) et l’Association des journalistes professionnels (l’AJP). Outre les conditions et le nombre des départs négociés par les syndicats, la SDR et l’AJP exigent « de réelles garanties pour l’indépendance de la rédaction, la sortie de l’actionnariat toxique et le remplacement du directeur des rédactions, Philippe Lawson, par un rédacteur en chef légitime. »
Conseils d’entreprise, réunions d’information, négociations et assemblées générales se succèdent. On négocie jour et nuit. On pleure, on s’engueule, on quitte la table, on revient. Au sixième conseil d’entreprise, la direction propose un plan de redé-ploiement dont les approximations font déborder le vase. Les délégations claquent la porte. Le person-nel réuni en assemblée générale vacille entre colère et désespoir. Tout le monde est à bout, physique-ment et nerveusement. Trois semaines que ça dure.
N’y tenant plus, l’AJP et la SDR se fendent d’une lettre à la ministre wallonne des Pouvoirs locaux, Valérie De Bue (MR), pour qu’elle fasse annuler la décision de plan social. Les syndicats en prennent ombrage. « L’AJP n’est pas une organisation syndicale reconnue, c’est une organisation corporatiste, commente aujourd’hui une source syndicale. Le front commun existait. Il aurait pu continuer à exister si chacun s’en était tenu à son rôle. »
Les syndicats décident de temporiser et de pour-suivre le dialogue avec la direction dans le cadre de la loi Renault. Les relations se tendent. Au sein même du front syndical, des fissures apparaissent entre les rouges du Setca (contre la sortie de Nethys) et les verts de la CNE (pas forcément contre). Et certains délégués issus de la rédaction s’agacent de voir que leur ligne n’est pas forcément partagée. « On avait le sentiment que les permanents syndicaux étaient prêts à accepter un peu trop vite un plan et uniquement sur des conditions de départ », précise Bruno Malter, chef d’édition et représentant CNE. En assemblée générale, les permanents sont parfois hués, désavoués, moqués. Il est même arrivé qu’un d’entre eux se fasse alpaguer dans un restaurant, hors cadre professionnel. « Avec le recul, je pense que personne ne sera jamais assez armé pour se battre contre des gens pareils, médite Sylvie Colin. Je n’en veux pas aux permanents syndicaux. Je n’aurais vraiment pas voulu être à leur place, mais vraiment pas. »
Nous sommes le 19 novembre, le journal fête ses cent ans. Bon anniversaire, mais la deadline approche. Plus que 42 jours et autant de nuits pour conclure un accord. Sous l’œil attentif de l’AJP, direction et syndicats se remettent à table. Ils y passent des nuits et des nuits, jusqu’à un matin de décembre où le bébé pointe le bout de son nez. Les parents se réjouissent. La belle-mère reste sur ses gardes. Un préaccord réduit les soixante licenciements annoncés à quarante-cinq, que devraient couvrir les départs volontaires en excluant de facto tout départ contraint. D’autres victoires s’ajoutent, comme une belle prime de départ et le gel du volume d’emploi pour deux ans.
Ce serait un bon accord, mais ça coince encore en assemblée générale. Un représentant Setca sorti de nulle part, Stéphane Piron, annonce l’air de rien que, la veille, il est intervenu au conseil d’administration de Nethys. Un Liégeois rouge à Louvrex avant un vote en AG, « ça jette un froid », commente Martine Simonis. Stéphane Piron détaille aujourd’hui à Wilfried le motif de son intervention : la revente des Éditions de l’Avenir était selon lui à l’ordre du jour et il voulait convaincre les administrateurs de Nethys de patienter, les rassurer quant à l’issue des négociations. Selon Martine, « c’était assez tendu parce qu’il restait beaucoup d’ombre sur les délais pour les RCC et les départs volontaires, sur la réorganisation des services, le projet rédactionnel et le directeur des rédactions, mais pour finir les gens ont voté le plan de restructuration. »
L’heure n’est donc plus à la sortie de Nethys, l’heure est à une bonne Chimay-thérapie, aux Champs-Élysées, brasserie en bord de Meuse élevée au rang de QG du personnel. La déco et le mobilier rouge sont surannés mais le service et la carte sont accueillants. Et surtout, ils s’y sentent libres de se lâcher, de parler, de refaire le monde. « Martine, tu nous rejoins ? »

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IV. Salut patron

Tous les jours, au troisième étage, l’ascenseur s’ouvre sur la même affiche montrant un panneau routier qui annonce la sortie du village de Laussonne. Barré en rouge. Et puis Philippe Lawson doit traverser le plateau de la rédaction. Plusieurs journalistes lui ont demandé de ne plus les saluer. Les deux du fond l’ont un jour ouvertement traité d’imposteur. Et une bonne partie pense que Stéphane Moreau est le parrain de son fils, que c’est pour ça qu’il est là. Philippe Lawson assure pourtant que le parrain de son fils, c’est Pierre Kroll, le dessinateur. Il passe la porte de son bureau vitré et la laisse comme toujours entrouverte. Le préaccord passé entre les syndicats et le management mi-décembre ne clôt pas le conflit. Le directeur des rédactions sait que les tensions vont maintenant se cristalliser sur l’organisation des services, et donc sur sa personne.
Philippe Lawson est un journaliste volontaire et enjoué. Un self-made-man arrivé du Togo en 1993, sans papiers, avant d’être naturalisé belge quelques années plus tard. Un professionnel qui a fait ses preuves en multipliant depuis près de vingt ans des papiers sur l’économie, la politique wallonne et fédérale. En chassant assidûment les scoops aussi. « Faire l’actualité plutôt que de la subir », c’est son credo, et une des raisons de son engagement aux Éditions de l’Avenir. « La mission était d’enrayer la chute des ventes du journal papier, d’augmenter les abonnés numériques et d’étoffer les réseaux d’informateurs de la rédaction. Le défi m’a enchanté », se rappelle celui qui, malgré son enthousiasme, va rapidement refroidir sa troupe de journalistes. Au point de devenir persona non grata dans sa propre rédaction.

Le dimanche 1er juillet 2018, il entre officiellement en fonction comme « directeur des rédactions ». Dans cette dénomination se loge une première friction. Philippe Lawson n’est pas nommé rédacteur en chef, comme Thierry Dupièreux avant lui. Son titre hybride ne le situe pas clairement. Sera-t-il avant tout le premier des rédacteurs ou le dernier des directeurs, selon une formule entendue ? « Il côtoyait les mêmes sphères liégeoises que l’actionnaire. Une proximité qui posait déjà de gros doutes sur le choix de sa personne », se souvient le chef d’édition Bruno Malter. Pour les travailleurs, cette nouvelle fonction n’est qu’une pirouette pour éviter la charte d’indépendance rédactionnelle qui impose de consulter la SDR avant l’engagement d’un rédacteur en chef. Soit. Une manœuvre controversée à laquelle Philippe Lawson ne peut peut-être rien. Le bénéfice du doute lui est accordé.
Bardaf, dès le lendemain. Dans le journal du lundi, le directeur des rédactions consacre son premier éditorial au bourgmestre PS de Seraing, Alain Mathot, « cloué au pilori par le tribunal correctionnel de Liège qui l’accuse d’avoir touché un pot-de-vin de 700 000 euros dans un dossier de corruption touchant l’intercommunale Intradel ». De nombreux journalistes tombent du lit en décou-vrant la copie du patron qu’ils s’apprêtent à rencontrer. « C’était un édito sur la séparation des pouvoirs, mais on m’a reproché, venant de Liège, de défendre Alain Mathot. C’était un procès d’intention. Je n’étais pas aux Éditions de l’Avenir en tant que Liégeois et je ne défendais les intérêts de personne », dédit Philippe Lawson. Pour les journalistes, il n’est plus que la marionnette de l’actionnaire. « Le mec était grillé, soupire Martial Dumont, ancien journaliste de L’Avenir. On a compris qu’il allait défendre à tous crins le Parti socialiste liégeois. Il était imposé par Stéphane Moreau qui voulait avoir la mainmise sur un média, un peu comme Berlusconi en Italie. »
Un deuxième accrochage majeur suit rapidement. Fin août, les journalistes remballent le projet rédactionnel de Philippe Lawson, jugé « indigent ». Quelle complémentarité entre les projets web et papier ? Quelles relations entre les différentes rédactions ? Avec quels moyens et quels objectifs ? « Trop vague, ont-ils dit. Mais je venais d’arriver. Mon idée était de présenter ma vision des choses, sans rien imposer. C’était une pièce à casser ensemble pour ensuite améliorer le journal », se rappelle Lawson. Le 26 octobre, trois jours après l’annonce du plan de restructuration, cette première méfiance est confirmée en assemblée générale. Il lui est en outre reproché « un plan de redéploiement incomplet », de « jouer au rédacteur en chef sans l’être » et d’effectuer « des pressions quotidiennes sur les journalistes ». Dès lors, le personnel décide de ne plus considérer Philippe Lawson comme interlocuteur pertinent dans le cadre de son travail quotidien et des négociations.

À la rédaction de Bouge, le coffee-corner devient le réceptacle des frustrations liées au comportement de Philippe Lawson. Pêle-mêle, on lui reproche mensonges, manque de tact, vantardise, paresse, coups bas, individualisme… Le directeur, peut-être malgré lui, aiguise les tensions d’une rédaction qui convulse depuis l’annonce de la restructu-ration. Les travailleurs se crispent dès qu’il jaillit de son bureau. « Je pense que le costume était trop grand pour lui. Il était largué et fatigué », regrette la journaliste Pascale Serret. Son confrère Martial Dumont tance plus sèchement : « Philippe Lawson est pour moi la quintessence du principe de Peter. À la base tout le monde l’aimait bien, mais en arrivant à L’Avenir, il a atteint son seuil d’incompétence. » Face aux critiques, la résilience du directeur des rédactions étonne toute l’entreprise. « Si j’avais eu la moitié du quart des désaveux qu’il a pris sur la tronche, je serais parti en courant. Mais lui, non. Je ne sais pas pourquoi il est resté. Il faudrait lui demander. Ça confine à la bêtise. Soit c’est un manque d’orgueil, ou du cynisme, ou est-ce pour l’argent ? » se demande Martial Dumont.
Philippe Lawson calcule à voix haute, confirme à la grosse louche un salaire brut à cinq chiffres. « L’argent n’a jamais été un moteur, assure-t-il. J’étais venu et je suis resté pour faire du journalisme. Même si c’était difficile, je ne voulais pas abandonner. Ma femme était plus remontée que moi. Elle me répétait : “Mais Philippe, quitte ce truc ! T’as vu tout ce qu’on t’inflige ? On ne te salue pas. Attends, c’est pas possible, c’est quoi ça ?” Elle m’a toujours dit : “Tu es trop gentil !” Avec le recul, si j’avais su que ça se passerait comme ça, je n’y serais pas allé. Une telle situation, ça abîme. Pour les journalistes, j’étais nommé par Nethys. Toute rationalité était perdue d’avance. Quoi que je propose, même si c’était un projet cohérent, ça n’allait pas et ça n’irait pas. J’avais face à moi une meute et j’avais décidé de l’affronter. » Dans sa bataille, le chef des rédactions peut compter sur le soutien du comité de direction et du conseil d’administration des Éditions de l’Avenir. Pol Heyse, président du CA, est le premier à nuancer le portrait dressé par les travailleurs : « Il est vrai que Jos Donvil lui a souvent reproché un manque de management, des retards notamment, mais Philippe Lawson est vraiment quelqu’un d’intelligent. Une intelligence très froide qui m’a parfois pris de court, et il en faut beaucoup pour me surprendre. »
Plus tard, le 6 mars 2019, Philippe Lawson accordera un entretien à La Libre. « Je suis le premier black à être patron d’une rédaction. Je pense que ça dérange, estime-t-il. J’ai appris il y a quelques jours que dans la rédaction certains m’appelaient le Togolais. Ça me fait mal. Je suis venu pour un projet et on joue l’homme. » Auprès de Wilfried, le directeur des rédactions se souvient également d’avoir été heurté par une affiche accrochée à une fenêtre des bureaux. « Sur une photo de Kabila, ils ont noté “Lui, il a compris, il a démissionné”. Pardon ? Kabila ? Parce qu’il est noir et que je suis noir ? »
Constamment sous braises, la rédaction brûle comme jamais auparavant. « Il sort tout le temps l’exemple de Kabila. Il y avait effectivement des affiches contre lui dans la rédaction, dont toute une série qui calquait l’actualité. Il y en avait aussi sur Theresa May et d’autres personnalités qui quittaient leurs fonctions », tient à préciser le journaliste François-Xavier Giot. La rédaction exige des excuses de Philippe Lawson. « Ces propos choquent profondément les journalistes des EdA dont les valeurs qu’ils défendent sont aux antipodes du racisme. Dans un contexte de crise sociale aiguë, ces accusations non étayées ne sont pas de nature à restaurer la paix sociale », réagissent conjointe-ment la SDR et l’AJP.

V. L’arme atomique

Quand la trêve de Noël arrive, les syndicalistes respirent. Si un plan de restructuration se signe toujours à l’encre acide, celui-ci résonne tout de même comme une petite victoire. Ils ont fait le boulot en un temps record. Pour eux, c’est terminé.
« Ce que le personnel ne sait pas en donnant son préaccord début décembre, c’est qu’il y aura dans le texte final une clause qui permet des licenciements secs », recadre Martine Simonis. Entre les pages 4 et 5 de l’accord signé par les syndicats et la direction, un point indique que les départs sont suffisants dans tous les départements sauf au sein de la rédac-tion, où seules huit personnes sur trente-deux sont candidates. La direction se réserve le droit d’envisager des licenciements si les objectifs ne sont pas atteints à la date du 14 février 2019. « Il avait pourtant toujours été question de départs volontaires ou de prépensions, jamais de licenciements. Cette clause qui concerne les journalistes a été omise ou ajoutée après le vote. On n’en saura jamais rien, mais les travailleurs n’auraient évidemment jamais voté ces lignes qui les mettent en danger », assure la secrétaire générale de l’AJP. Mais pour la direction, un accord signé est un accord signé. Le 11 février 2019, elle décline l’invitation de l’AJP à renégocier les conditions de départ des journalistes.
Après cet te découverte, les journalistes condamnent la « complicité » des syndicalistes et les syndicalistes méprisent le « corporatisme » des journalistes. Parmi ces derniers, ceux qui ont écrit sur l’affaire Publifin quelques mois plus tôt s’imaginent déjà faire la file au Forem. L’ombre d’une liste noire plane sur la rédaction. Quand des informateurs au sein du comité de direction confirment au personnel l’intention de licencier, les travailleurs les plus diplomates cèdent le front aux profils plus guerriers. Le personnel décide à la quasi-unanimité un arrêt de travail. « On parlait de plus de vingt journalistes licenciés sèchement, rappelle Yves Raisière, chef du service national. Toutes les options traditionnelles pour peser sur le rapport de force étaient épuisées. Il ne nous restait qu’à sortir la bombe atomique. »
Le vendredi 15 février, la bravade est inédite. Depuis plusieurs jours, dans les couloirs moroses de la rédaction, une édition spéciale se prépare au nez et à la barbe de Philippe Lawson. Dans les dernières minutes qui précèdent le bouclage, les quatre premières pages du journal du week-end seront remplacées en catimini par une longue enquête qui raconte « le manque de vision et la stratégie de pourrissement de Stéphane Moreau et Pol Heyse, dirigeants de Nethys ». Un article illustré par une caricature du premier, enculotté en enfant capricieux. « Il n’y a pas eu de plaisir ou de satisfaction lors de la préparation de ce journal, confie Yves Raisière. Cinq ans après, cet épisode me laisse toujours un goût très fort en bouche. On était arrivé à un point de non-retour dans une longue bataille très engageante. Ce moment, c’est plutôt un soulagement. On allait enfin pouvoir raconter notre vérité, qui n’est qu’une partie de la vérité. C’était le sens de notre combat : garder le contact avec les lecteurs qui ne nous ont jamais laissés tomber. »

Le week-end s’impose lentement sur le plateau de la rédaction. Philippe Lawson et Yves Berlize ont quitté les lieux. Sous les îlots de lumières blanchâtres qui meurent un à un, Didier Malempré, journaliste sportif très impliqué dans les négociations, observe la maquette du journal en train d’être modifiée. Il faut maintenant que tous les maillons de la chaîne de production restent soudés. Les maquettistes, les relecteurs, les imprimeurs, tout le monde doit garder le secret. « Je me souviens de la main d’un rédacteur en chef adjoint qui se pose sur mon épaule. Juste avant de boucler, il m’a demandé si on était bel et bien en train de faire un truc pareil », raconte-t-il. « Ils vont virer des gens. Il nous reste quoi comme solution ? Évidemment qu’on le fait ! »
Samedi matin, persuadé d’avoir presté son dernier jour, Yves Raisière, responsable du service qui a couvert le scandale Publifin, se rend à la rédaction. Depuis des mois, des collaborateurs de Stéphane Moreau lui indiquent qu’il est sur la sellette. Loin des regards de ses collègues, il fait ses cartons.

VI. Un week-end pas comme les autres

Samedi 16 février, aux alentours de midi, Emmanuel Wilputte, président de la société des rédacteurs des Éditions de l’Avenir, termine une randonnée entre amis dans un restaurant italien près de la cathédrale Saint-Aubain, à Namur. La veille, il a suivi à distance la sortie de l’édition coup de poing. Alea jacta est, ils en débrieferont lundi. Il voit les bières arriver et son portable frémir sur la table. Un SMS laconique d’un numéro inconnu : « Pourriez-vous m’appeler dès que possible ? Stéphane Moreau.

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Notes

1. Soupçon de fraude à l’assurance à l’égard de Stéphane Moreau. L’affaire se solde par des non-lieux en juin 2018 ; le parquet se désiste de son appel en décembre 2019.
2. La loi Renault spécifie que l’employeur est tenu d’organiser un tour d’information et de consultation avant un licenciement collectif. Pendant cette période de négociation, les employés doivent avoir la possibilité de formuler des questions et des propositions à l’employeur.
3. Wilfried a tenté sans succès, de contacter Stéphane Moreau.

Cette enquête a bénéficié du soutien du Fonds pour le journalisme.

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