La Belgique se cherchait un gouvernement depuis bientôt six mois. L’automne tirait sur l’hiver. Aux sentiments personnels, à la misère ordinaire des jours et aux délicats bonheurs glanés à la sauvette, s’ajoutait une incertitude collective : quel pays demain ? Peu s’affolaient. La crise politique, le vide du pouvoir ne conduisaient à aucun drame apparent. L’essentiel fonctionnait : le ramassage des ordures, la circulation des bus et des trams, les piscines, les crèches, les écoles, les centres d’accueil pour demandeurs d’asile, les autoroutes, la téléphonie mobile, les compétitions de cyclo-cross, les marches féministes… Le flux sociétal circulait à vitesse connue, ni mieux ni pire qu’avant.
La France, imposant voisin, montrait un tout autre visage. Pas question là-bas de coalition à six ou huit partis, ni de leaders séparatistes au pouvoir dans les métropoles. Par contre : un président élu à la faveur du hasard, des violences policières à tire-larigot. Le contraste était patent. Ces cinq dernières années, la Belgique avait vécu sous un gouvernement décrit comme le plus à droite depuis 1945. Elle avait connu une série de grèves et de man...