Le magazine qui raconte la Belgique
35 Été 2026

L'été meurtrier

Découvrir le n° 35
#ENTRETIEN

Anne Provoost : « La Wallonie a toujours été un quartier de notre famille »

Scénarios catastrophes, cauchemars, anticipation, notre cerveau nous prépare au pire. Face à ses visions apocalyptiques, l’écrivaine flamande Anne Provoost tisse des trames nécessaires à sa survie, entre psychologie des mouches, géométrie des plantes et cuillerées de riz au désinfectant. Une imagination qu’elle met au service de tous et toutes. Car, pour cette Anversoise « bien née » dans une famille éparpillée des deux côtés de la frontière linguistique et où tout était possible, un tel privilège la rend redevable envers la société.

21 Hiver 2023
Journaliste
SOPHIE MIGNON
Photographe
CARMEN DE VOS
De la façade, tombe des lianes brunes et sèches, ruines d’un lierre qui est entré dans l’hiver. À quelques pas du zoo d’Anvers, après avoir croisé des girafes de bronze, on entre derrière d’épais rideaux de velours, dignes d’un théâtre de marionnettes, dans la jungle d’Anne Provoost. Maison aux allures de cabinet de curiosités. Peintures anciennes, armée de Jésus de porcelaine trônant bras ouverts sur le manteau de la cheminée du salon, figuiers, bananiers, cactus s’étirant vers la verrière qui perce le plafond de la cuisine, boîte de biscuits en métal, portrait de chat tracé au crayon, photos de famille, couverture imitation fourrure. « Bonjour », chante l’écrivaine, r rond, j chuchoté, lèvres élastiques, regard amusé. Puis, sa langue se cramponne au français, ne veut pas lâcher cet idiome parlé par ses ancêtres, sa grand-mère, enfant de l’Yser envoyée en colonie à Paris pendant la Première Guerre mondiale, et par sa famille, ramifiée jusqu’en Normandie, jusqu’au Hainaut et à l’Ardenne. L’entretien devient un grand plongeon — « J’ai perdu la geunance de parler une autre langue que la mienne. Oh pardon, la gêne !...

Hiver 2023 N° 21

Acheter le n° 21

Toutes les parutions

Voir tout