Bituralia, « Wilfried » a glissé au salon des mandataires
On était parti avec la ferme intention d’y faire un reportage responsable. Sauf que voilà : Municipalia, le salon des mandataires à Marche-en-Famenne, lieu de rencontre annuel entre les différents acteurs de la vie locale wallonne, est aussi un véritable bar à ciel couvert. Entre une papote avec Gianni Infantino, le cousin de son homonyme, et un selfie avec Mathieu Michel, on a bu. Beaucoup bu. Un dérapage non contrôlé qui n’est pas sans poser de vraies questions sur l’institutionnalisation de la biture en Belgique.
On a parqué la Toyota Aygo, fabrication 2012, dans le talus, on a rabattu le rétroviseur côté asphalte et on a continué à pied. On aurait bien sûr dû venir en train, déplier notre Btwin orange, deux cents euros cash sur Marketplace, et couvrir en moins de dix minutes les quelques kilomètres qui séparent la gare de Marche-en-Famenne du zoning du WEX. Allez savoir pourquoi : on était persuadé qu’il n’y avait pas de gare à Marche.
On paie le prix de notre ignorance. D’autres aussi. Ce jeudi d’avril, jour d’ouverture de la 18e édition du salon des mandataires locaux « Municipalia », les petites routes de Famenne sont le théâtre d’une tragique allégorie de notre temps : à quatre kilomètres de la destination, paumées au milieu de la rase campagne, des bagnoles, des centaines de bagnoles, une tête de pipe par habitacle, parfois deux, avancent d’une dizaine de mètres toutes les cinq minutes, moteurs ronronnant à l’arrêt, air conditionné sur la position 3, Classic 21 à fond de balle pour ménager les nerfs.
On marche. Sûr qu’à l’arrivée, on mettra une bonne demi-heure au type qui s’est gratté la tempe en nous voyant abandonner notre voiture sur le bas-côté. On en profite pour feuilleter le catalogue de l’évènement. « Un salon où les mandataires et les représentants des collectivités pourront contribuer au bien-être des citoyens », « une vitrine exceptionnelle qui permet aux entreprises wallonnes de présenter leur savoir-faire », « un lieu propice à la rencontre et à l’échange d’informations ».
Aux abords du parking, un policier gère comme il peut le flux de carrosses. « Chaque année, c’est le même bordel. Chaque année. L’année prochaine, je me mets en maladie. »
Le WEX de Marche-en-Famenne, ce n’est pas le Heysel, mais ça envoie quand même. Vingt-trois mille mètres carrés, répartis dans six halls d’exposition, quatre cent vingt entre-prises présentes et des milliers d’élus locaux, cabinettards, ministres, fonctionnaires, prestataires de services et autres pique-assiettes bien au fait du potentiel de l’évènement. Car un élément nous frappe d’emblée, au moment de pénétrer dans le palais 3. Les bars. Les débits de boisson. Il y en a partout.
12 h 38,
Stand Civadis, gin-tonic
La promenade imposée dans la campagne avoisinante nous a privé des hommages d’Elio Di Rupo, ministre-président wallon, et de Christophe Collignon, ministre des Pouvoirs locaux, rendus à leur collègue socialiste Paul Furlan, décédé d’un cancer ce début avril. Ce dernier avait organisé le salon lorsqu’il était, lui aussi, ministre des Pouvoirs locaux. On n’a rien entendu non plus du blues des bourgmestres et des échevins, conté par André Bouchat, qui ne se décourage pas pour autant — l’élu Les Engagés entame sa trente-huitième année consécutive au maïorat de Marche. Les collèges communaux n’ont plus la niaque. La faute aux réseaux sociaux, où la critique sous anonymat précipite le moral des troupes tout droit dans les chaussettes. À la complexité administrative, aussi. Plein les bottes, des appels à projets en alexandrins qui nécessitent un demi-siècle de travail et les aptitudes d’un ingénieur en physique quantique, nous résume un agent du Service public de Wallonie arrivé à l’heure pour les discours.
Celui-ci en profite pour nous présenter un système dernier cri qui s’apprête à révolutionner le dépouillement des votes wallons aux prochaines élections : deux ordinateurs où les choix des électeurs seront encodés, capables, par la sainte grâce du câble Ethernet RJ45 catégorie 6 qui les relie, de repérer les erreurs commises par les assesseurs. À nos côtés, un visiteur lève les épaules : « Ce n’est pas incroyable non plus. » Le blues déplie bagages dans les yeux gris du fonctionnaire.
On a le malheur de connaître un de ses collègues, un vieux copain d’enfance. Il nous confesse que Municipalia, c’est une sorte de journée d’évasion qui récompense le personnel pour ses loyaux services quotidiens. Il tire une première flèche : « Partant pour un gin-tonic ? » On cède. On a un léger de mal de crâne, on n’est pas dégourdi. Un verre, ça aidera à nous mettre en jambes pour une journée de reportage.
On croise Céline Tellier, la ministre Ecolo du Bien-être animal, on lui promet d’aller voir pour elle le stand de l’association de défense des animaux Gaia. Le gin-tonic, baie de genièvre et tranche de citron, nous est offert par la société Civadis, spécialisée dans les solutions IT et smart city pour les pouvoirs publics, gigantesque bar à quatre coins où se presse une armada de soiffards. Sur une scène de fortune, un gars un peu énervant anime une émission live. Il s’émeut :« Oui, c’est possible de tout dématérialiser. » À commencer par l’intérêt de l’assemblée éparpillée devant lui, manifestement bien plus préoccupée par son verre et les gourmands wraps véganes qui trônent sur les mange-debout que par le verbiage entrepreneurial de l’animateur.
13 h 12,
Stand Back2buzz, rhum arrangé
Morne plaine, au stand du parlement wallon. Pas un chat. Un bol où ramollissent des chips au sel. Il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour tomber sur le student de corvée pour l’impression des photos-souvenirs. Tandis qu’on se fait tirer le portrait derrière une reconstitution de la tribune parlementaire, les joues déjà rosies par la première quille, l’étudiant nous explique qu’avec l’actu chaude des derniers mois, les scandales de train de vie somptuaire sur fonds publics mené par le greffier et ses amis, le parlement wallon a dû se faire petit au salon. « Avant, on était au milieu du palais 3 avec six représentants, du champagne, des petits fours. On distribuait des goodies. Là, on la joue plutôt discret. » Here comes the blues again.
On flâne entre les différents emplacements, ici une société d’entretien des chemins agricoles, ici un système de sécurité anti-voiture bélier, là du matériel pour l’assainissement des eaux, là une machine de marquage routier. « J’ai vu des salons du vin où il y avait moins à boire à l’œil », nous souffle notre ami fonctionnaire.
À hauteur du stand Back2buzz, on croit sincèrement tomber sur des négociants en
On flâne entre les différents emplacements, ici une société d’entretien des chemins agricoles, ici un système de sécurité anti-voiture bélier, là du matériel pour l’assainissement des eaux, là une machine de marquage routier. « J’ai vu des salons du vin où il y avait moins à boire à l’œil », nous souffle notre ami fonctionnaire.
À hauteur du stand Back2buzz, on croit sincèrement tomber sur des négociants en spiritueux : une flopée de jolies bouteilles, du rhum antillais, de l’eau-de-vie de grain. Il n’en est rien. La société propose des smartphones reconditionnés et un service de traduction. « On remet à neuf des téléphones. Ça se veut durable.
— Ça se veut ?
— Euh, ça l’est.
— Et donc vous ne vendez pas de rhum.
— Non mais on va vous en offrir un verre par contre. Celui-ci est super bon. »
Elle nous remplit un godet de tantine, chargé comme un mulet des Pyrénées. On finit à peine d’abréger ses souffrances quand on croise René Collin, député Les Engagés parachuté à Marche-en-Famenne, ancien ministre de l’Agriculture et des Forêts : « À mon époque, contrairement aux pratiques de Mme Tellier et consorts, on n’ennuyait pas les communes avec mille appels à projets compliqués, il y avait un droit de tirage et tout le monde était content. » On se souvient que La République en marche d’Emmanuel Macron avait beaucoup inspiré Maxime Prévot, son président de parti, et on lui fait la vanne du député marchois marcheur. Elle ne suscite pas tout à fait l’effet escompté. On continue de ramer : « Une affaire qui marche, le salon des mandataires ? »
René Collin nous rappelle que l’événement a été initié en 2005 par un autre Marchois, le ministre socialiste Philippe Courard, qui avait alors les Pouvoirs locaux dans ses compétences, à l’époque où on les appelait encore Affaires intérieures. Il y avait alors une demande des municipalistes d’être davantage informés. Ceux-ci semblaient convaincus par l’initiative, puisqu’ils sont revenus chaque année plus nombreux. À tel point que d’autres villes, comme Charleroi, ont tenté mais sans succès de chiper l’événement à Marche-en-Famenne. « Ce n’est pas étonnant, tous ces bars partout ?
— Les gens savent se tenir. Puis c’est un lieu de convivialité où ils peuvent se croiser, réseauter. Il y a ici des gens que je ne rencontre qu’une fois par an.
— Mais faut-il pour autant servir de l’alcool gratuit à tous les stands ?
— Regardez celui du parlement wallon. Il n’y en a pas. Et il n’y a personne. »
14 h 10,
Stand Ethias, Chimay Blanche
Une armoire à glace tirée à quatre épingles est postée à l’entrée du gigantesque stand de la compagnie d’assurance Ethias. Derrière les barrières de velours, plusieurs dizaines d’individus s’enfilent rouge sur rouge. À notre étonnement de voir l’endroit surveillé, l’agent nous explique qu’une boîte qui offre une couverture sur mesure pour les mandataires locaux se doit de montrer qu’elle assure la sécurité de ses clients en toute circonstance.
Notre regard est attiré par le badge épinglé sur sa poitrine. « Vous vous appelez Gianni Infantino ?
— Oui.
— Comme le président de la FIFA ?
— C’est mon petit cousin du côté de mon père.
— Terrible. »
Tandis qu’on s’avale une Chimay Blanche, Gianni nous raconte qu’il est né en Bavière, là où son père, originaire de Sicile, exerçait le métier de comptable pour de grosses sociétés. Enfant, il allait toujours visiter le grand-père l’été, en Calabre. Il y partageait la sardella et l’alici ripiene avec son petit cousin homonyme. Il ne l’a plus jamais revu depuis.
14 h 35,
Stand Gaia, crémant
On file purger nos consommations aux toilettes du palais 4. Au-dessus de l’urinoir, la programmation à venir du WEX : Chantal Goya, Pablo Andres, Messmer, Goldmanmania, Véronique Gallo. Un agent d’entretien est de corvée nettoyage et on éprouve bien de la honte à le voir en découdre avec une cabine tapissée de merde. On s’applique d’autant plus à viser le sticker en forme de mouche collé dans le creux de l’édicule.
On tient notre promesse et on passe saluer les deux permanentes du stand Gaia. Elles nous tendent, d’autorité, une coupe de crémant et une assiette de toasts. Le faux gras aux canneberges envoie du lourd, pour peu qu’on ne soit pas en froid avec la cannelle. L’association travaille avec les communes sur la stérilisation des chats, les pigeonniers contraceptifs ; fait des animations scolaires, des formations aux policiers, des plaidoyers politiques auprès des autorités locales. « On essaye de faire en sorte que chaque commune ait un échevin du Bien-être animal. Grâce à notre travail, aujourd’hui, c’est le cas d’une grande majorité d’entre elles.
— Il y a encore des communes récalcitrantes ?
— On a plus de mal avec les régions agricoles où il y a beaucoup d’élevage. Les intérêts ne sont pas les mêmes, on va dire. Si vous croisez Willy Borsus, n’hésitez pas à lui dire de passer. »
14 h 50,
Restaurant sous le chapiteau, Château Mourgues du Grès
Une invitation pour le restaurant sous le chapiteau nous atterrit providentiellement entre les mains. On se hâte d’y arriver avant la barrière horaire de 15 h. Les lieux sont peuplés de vastes tables rondes, des cuistots s’affairent derrière un buffet chaud, long comme un quai de gare, et au moment de dresser notre table, on nous propose un Château Mourgues du Grès. On s’empresse d’accepter, définitivement résigné à se plier aux lois du salon. Le jeune député écologiste Rodrigue Demeuse, conseiller communal à Huy, tape dans le buffet avec le ministre socialiste des Pouvoirs Locaux et bourgmestre de la même localité, Christophe Collignon. « C’est quelque chose de typiquement belge, nous fait remarquer notre camarade du SPW. Les amitiés locales qui dépassent les logiques de partis. On voit beaucoup moins ça en France. »
Quand il était ministre des Pouvoirs locaux sous la précédente législature, le socialiste Pierre-Yves Dermagne, conscient du côté excessif de la pratique, avait voulu mettre un terme à ces fastes repas gratuits arrosés. « On s’est fait harceler par les mandataires, se souvient un ancien collaborateur du ministre. Pourtant, tout le monde sait que ça ne se justifie pas. Que ce n’est pas top pour l’image de la Wallonie. Et que ça pèse inutilement dans les budgets. » En 2020, Pierre-Yves Dermagne avait choisi de confier l’organisation du salon directement au WEX, bien qu’il demeure en partie subventionné par la Région wallonne. Bilan du transfert : 127 000 euros d’économies. Cette année-là, le ministre avait aussi choisi de ne plus offrir de boissons aux visiteurs de son stand. « J’aime bien m’amuser, mais ici, on est dans un cadre professionnel, avait-il alors expliqué. Et le sérieux, ça passe aussi par la diminution de la consommation d’alcool. »
15 h 40,
stand Securoad, pils bien frappée
On prend une pils bien frappée au stand Securoad, une boîte qui offre une large gamme de produits et de services visant à la sécurité routière au sein des communes. On pose le coude sur le capot d’une voiture de police surmontée d’un radar mobile exposée pour l’occasion. On commence sérieusement à parler le mandarin. Un cabinettard nous a raconté une anecdote, tout à l’heure. Il y a quelques années, des policiers étaient venus s’abreuver plus que de raison au salon. À la sortie de l’événement, ils avaient encastré leur combi dans un rond-point. Il est d’ailleurs de notoriété publique que la police de Marche aurait pour injonction de se contenter d’assurer la circulation sans faire souffler qui que ce soit.
Au milieu d’une allée, le secrétaire d’État à la Digitalisation, Mathieu Michel, claque un selfie avec Willy Borsus, vice-président du gouvernement wallon. On transmet l’invitation de Gaia à ce dernier. Il décline. Mathieu Michel nous alpague. « Wilfried ? Vous vous êtes quand même un peu foutu de ma balle dans votre numéro de l’automne dernier.
— Celui où vous on vous voit sortir d’un champ de blé, tel Bruce Willis, pour sauver la Belgique ?
— Oui. Vous y allez un peu fort sur les légendes des photos.
— On est taquins.
— Au fait, t’as la braguette ouverte, mec.
— Je sais. Je galère avec ce pantalon. Si je la referme, elle se rouvrira dans trente secondes.
— Un selfie ? »
16 h 35,
Stand Cowalca, une triple dont on a oublié le nom
Il a l’œil qui brille. « Cowalca, en gros, on vend toutes des références dans le domaine des solutions pour l’eau potable, l’égouttage, le pompage. » Il se tourne vers sa collègue. « Hé, Micheline, il y a monsieur qui pisse du sable ici. » Il sourit : « Tout le monde vient chez nous parce qu’ils savent que chaque année, on sert de la triple. »
Comme Micheline ne se décide pas, il passe lui-même derrière le bar de l’entreprise familiale namuroise. Appuyé au comptoir, on discute avec une fonctionnaire régionale. Elle nous explique que pour elle, l’affaire Nethys a marqué la fin de l’exagération des festivités au salon des mandataires. On objecte que, tout de même, il y a de quoi faire en 2023. Qu’il n’est d’ailleurs pas impossible qu’on remette nous-même sur le bar, dans les prochaines secondes. « Oui, mais c’est beaucoup plus soft. Il n’y a plus les débordements d’avant. La consommation à outrance. Je ne peux pas vous dire de noms, mais j’ai vu des ministres se mettre minables avec leur cabinet, ici. Et il y avait une sacrée after. Je crois qu’ils n’en font plus désormais. Ça a changé depuis Nethys. »
Avant notre reportage, un cabinettard nous a raconté qu’au salon de cette année-là, en 2017, alors que le scandale venait d’éclater, que Paul Furlan venait de démissionner, on ne parlait que de l’affaire Nethys. L’ancien coprésident d’Ecolo Jean-Michel Javaux, bourgmestre d’Amay en grande discussion avec le bourgmestre MR de Hamoir, Patrick Lecerf, martelait à qui mieux mieux qu’on en faisait de trop avec cette affaire, que c’était déjà dur à vivre pour les Liégeois, que ça tournait à l’acharnement. « Deux ans plus tard, Stéphane Moreau démissionnait parce qu’on découvrait qu’il avait vendu secrètement plusieurs actifs concurrentiels de Nethys. Heureusement qu’on n’a pas écouté Jean-Michel. »
Cette même personne nous a confié ne plus venir par choix à Municipalia. Jamais, en plusieurs éditions, il n’a observé une quelconque utilité professionnelle à l’événement. « On vient ici pour se rincer la gueule. Ce n’est pas justifiable. C’est exactement comme les questions actuelles relatives aux pensions des députés : tous les mandataires qui ont un minimum d’intégrité savent que ce genre de chose ne devraient plus exister. Mais la vieille école prétend encore que quand tu dis ça, tu t’attaques à la démocratie. »
17 h 10,
stand Ethias, Chimay Blanche
On retourne s’avaler une Chimay Blanche auprès de Gianni. « Ah, Willy Borsus est chez vous. » Il rigole : « Il sait où se trouve le bon vin. » On questionne le petit cousin du patron de la FIFA sur une éventuelle after. A-t-il entendu quelque chose ? Il nous promet de se renseigner.
17 h 46,
Stand Schreiber, Val-Dieu blonde
Une dernière pour la route, puis le collège communal de Musson s’en retournera en Lorraine gaumaise. Le responsable du stand Schreiber, auquel l’équipe a acheté des chapiteaux l’année dernière, propose de nous servir une Val-Dieu blonde. On ne se fait pas prier. C’est Sylvie Guillaume, madame la bourgmestre herself, qui fait bob et rapatrie les troupes à la maison. Socialistes et Engagés serrés ensemble sur la même banquette arrière. Ils ne sont pas les seuls à venir de loin : on nous dit que les communes de Wallonie picarde affrètent carrément un bus pour l’occasion.
La maïeure et ses échevins sont satisfaits de leur journée. Ils ont visité un tas de stands, discuté avec des fournisseurs, découvert des nouveautés et reçu leur deuxième étoile « commune sportive ». « On a pu parler avec un représentant d’Infrasports pour mieux saisir les étapes administratives en vue d’un subside dont on a besoin. Au lieu d’échanger cinquante mails, on a pu régler ça en quelques minutes. Un gain de temps bienvenu », explique Christopher, échevin du Sport. Il faut dire que dans les petites communes, les mandataires exercent leur fonction publique en plus de leur job alimentaire. Christopher, par exemple, est chef d’unité du service de radiologie du Centre hospitalier de Luxembourg. Pas facile de tout goupiller. Sylvie confirme que le blues gagne bien des mandataires locaux. « C’est beaucoup de pression et peu de reconnaissance. Au niveau administratif, les contraintes sont plus lourdes que jamais. Et les gens sont fort dans la critique négative, alors même que très peu d’entre eux signeraient pour faire le boulot à notre place. »
18 h 50,
Stand Ethias, Chimay Blanche
On n’a même pas vu la Chimay Blanche se lover entre nos doigts. Aux côtés de Gianni Infantino, on prend quelques minutes pour compter. Une fois notre verre vide, on peut l’affirmer : à Municipalia, huit personnes croisées sur dix sont des hommes.
Gianni a mené l’enquête pour laquelle Wilfried l’a mandaté. Une after aurait bien lieu, dans le fond du palais 5. Une annonce résonne dans les hauts parleurs du WEX. Il est passé dix-neuf heures, les visiteurs sont invités à prendre la direction de la sortie.
19 h 20,
WC, eau du lavabo
On s’est caché dans les toilettes du palais 4, fermement décidé à mener notre investigation à terme. Le lecteur a le droit de savoir : l’after du salon des mandataires, ce moment de sociabi-lité sélective décrit par beaucoup comme l’ins-tant de toutes les débauches, a-t-elle encore bien lieu ? Tandis que l’on patiente, avachi sur l’abattant d’un WC, le sommeil nous soustrait à la réalité.
On se réveille une demi-heure plus tard avec un début de mal de cheveux. On passe la tête dans le hall du palais 5. Une poignée de résis-tants sont agglutinés autour d’un comptoir. Pas de personnalité connue. Pas d’effervescence notable. On jette l’éponge. Si after dépravée il y a, le secret du lieu est bien gardé.
Un soleil pourpre s’écrase sur la rase campagne de Famenne. L’heure de marche — de Marche, hilarant — jusqu’à la Toyota Aygo, fabrication 2012, nous fera dégriser. Devant nous, Steph titube. L’entrepreneur en bâtiment, qui n’en est pas à son premier Municipalia, part lui aussi à la conquête de sa voiture. Il balbutie : « J’ai trébuché au troisième stand.
— Je crois que vous devriez faire une sieste avant de démarrer.
— On ne t’a pas dit ? La police ne contrôle pas le jour du salon. Enfin : tout le monde le sait. »
Inclus dans le N°23
Ces articles sont à lire dans Wilfried N°23 et disponibles en ligne.
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